L’imaginaire de la guerre et la guerre imaginaire.
Dénoncer la violence et sa banalisation.

Le travail que je vous présente, émerge d’une rencontre. Celle faite avec des figures et des corps d’enfants, une après midi d’été, à Palerme.
Je n’avais rien d’autres à faire ce jour-là que d’observer leurs jeux ; moment de répétition et de formulation d’un monde à venir qu’ils se préparaient à affronter. Jeux de guerre et de conquêtes, courses-poursuites et séries noir, dans cette rue déserte, sous un soleil de plomb.

Entre l’imaginaire de la guerre et la guerre imaginaire, ces enfants étaient affairés à produire la réalité du monde que nous leur donnons en modèle. J’ai souhaité retranscrire la vérité noire de ce que j’ai vu alors. Le Jeu enfantin comme une réalité de tous les instants, un témoignage gigantesque de l’héritage violent, qui vient s’insinuer dans chacun de leurs contextes d’existence. Je voulais parler de ces enfants et avec eux, de tous les autres.

Pour traiter de ce sujet, il m’a paru indispensable de faire appel à un autre média que celui dont j’avais l’habitude de faire usage. Je ne voulais pas peindre ce sujet, je voulais me contraindre au plus grand dénuement possible, afin de favoriser une expressivité pure. Je me suis tourné vers le monotype et le travail du gris.

J’ai souhaité faire une déclinaison de noir et blanc, graver mes sujets dans de l’encre, et en révéler une épreuve unique, un instant, qui se rapproche du procédé photographique en se sans que le monotype est issu d’une impression sur papier. Si bien que nous ne pouvons voir clairement ce que nous avons fait, nous ne pouvons clairement prendre mesure de la porté de nos gestes, qu’après avoir fait passer le papier sous le rouleau de la presse.

Ce procédé de révélation « monotypique » est en soit le comportement demi aveugle que nous choisissons d’avoir vis a vis de nos décisions de tous les jours, de nos gestes du quotidiens, nous ne prenons conscience de nos actes qu’une fois mis en face de leur conséquences.

Ces jeux d’enfants témoignent pour moi de l’incapacité que le monde adulte à de prévoir et de prévenir. En cela je capture doucement l’idée de nos fuites, face à ces enfants, dépouillés de leurs noms et de leurs visages, ramenés à leur matière première, à ce trou noir de violence dont nous paraissons êtres tous issus et tous responsables.

Pilar Saltini.